A plusieurs : « Le temps d'être mère... »

 (Lanédo, Nokomis, Regards, Gel et Star ship)

 


Il existe, mesdames et messieurs, des évènements heureux que l’on ne peut pas toujours révéler au monde entier, des moments dans votre vie qui, bien qu’ils vous remplissent d’euphorie et d’allégresse, vous empêchent pourtant de les partager avec votre famille, vos amis, vos voisins, tous ceux qui se disent vos proches mais qui sont pourtant à mille années lumières de connaître les différentes facettes de votre personnalité.
Aurélie Pelassier était entrain de vivre un de ces moments-là. Allongée, à demi-nue, sur le sol glacé de la salle de bain, Aurélie accédait à une de ces minutes de bonheur qui, se mélangeant sans retenu à un savant cocktail de peur et d’angoisse, vous font pleurer toute la misère du monde.
A coté d’elle, à même le carrelage blanc de la pièce, luisait le bleu azur sur le test de grossesse qu’elle venait de pratiquer. Il va sans dire que pour bien des femmes cette couleur aurait été celle du bonheur, d’ailleurs Aurélie ressentait une certaine joie à l’idée d’être maman, cependant quand on a que quinze ans la chose perd soudain de son éclat. Mais s’il n’avait été question que de cela, si seulement la seule chose qui pouvait inquiéter Aurélie à cette heure c’était son âge. Non, ce qui plongeait Aurélie dans cet état c’est que du haut de ses quinze ans elle n’avait jamais eu de rapport physique avec aucun garçon. Aurélie était vierge, autant qu’avait pu l’être Marie avant elle.

 

Des larmes assombrirent son visage encore si jeune, empli d'adolescence et d'innocence. Elle ne savait que dire, que faire ni à qui se confier. Il était certain que ses parents ne l'entendraient pas de cette oreille, et ne croiraient sûrement pas qu'elle n'avait jamais consommé d'union charnelle avec un garçon... Elle se sentait anéantie, car devenir maman ainsi, sans même n'avoir rien demander ni l'avoir désirer, à un âge où l'on ne sait encore rien de l'amour, de savoir quelle responsabilité cela lui incomberait, deviendrait vite un fardeau pas si simple à gérer... Elle restait là, un long moment, prostrée, à imaginer ce que pourrait être son avenir qu'elle ne contrôlait pas... Lui revient alors en mémoire des mots étranges, à peine soufflés lors d'un rêve, trois petits mots qui n'avaient de signification que s'ils étaient partagés...

- « Je t'aime... »

Elle se rappelait vaguement d'un rêve, sans plus de détails, mais dont la fin s'esquissait avec ces mots-là... Elle qui avait toujours espéré secrètement de rencontrer un jour, l'homme valeureux, le prince charmant, se demandait bien qui pourrait l'aimer à l'heure actuelle. Aurélie était une de ces jeunes filles jolies, mais qui ne s'en rendait pas compte. Elle était plutôt timide, elle avait très peu d'amis, et livrait ses confidences dans un journal intime... De longs cheveux d'un brun sombre, encadraient son visage soutenu par un regard émeraude. Son visage était fin, et sa peau très pâle. Plongée dans ses pensées, elle se mit à sursauter en entendant que quelqu'un toquait à la porte de cette salle de bain, où elle s'était réfugiée.

- « Aurélie ? Tu es là ?... »

- « Oui Maman ! » Avait-elle répondu machinalement.

- « Presse-toi s’il te plaît, tu vas être en retard à l’école ! »

 

Aurélie se releva et termina sa toilette. Elle rangea le test tout au fond du tiroir de sa table de nuit, à l’endroit même où elle cachait bonbons et barres chocolatées il y a de ça à peine quatre ou cinq ans.

Une fois devant son armoire, sans trop avoir à réfléchir, elle choisit de mettre une robe plutôt que son traditionnel jean au dernier bouton si difficile. Elle enfila la bleue, la plus ample, comme si transpirait déjà en elle ce désir inconscient de cacher quelque chose. Mme Pelassier ne pu s’empêcher de remarquer ce revirement vestimentaire. Cependant, elle était trop contente de voir sa petite fille en robe pour que sa remarque ne soit pas positive.

 

- « Il n’y a pas à dire, tu es bien plus jolie en robe. J’ai toujours dit que le jean n’a rien de féminin. »
- « Merci maman » avait-elle simplement répondu. « Je file ! Je ne voudrais pas manquer le bus ! A ce soir ! » Rajouta-t-elle en faisant un bisou sur la joue de sa mère.

 

Aurélie retrouva ses trois meilleures amies devant la grille du Lycée. Bizarrement, elle passa une journée d’école comme les autres. Sans plus ni moins d’action qu’accoutumé. Comme tous les jours, elle ria des blagues de Béa, comme tous les jours elle écouta en silence les confidences amoureuses de Stéphanie, comme tous les jours, elle parla de son idole Ricky Martin avec Anaïs.

Elle rentra de l’école, insouciante, innocente, presque guillerette. Puis après un repas familial détendu et jovial, elle monta dans sa chambre.

En enlevant sa robe devant la glace de l’armoire, une larme se mit à couler sur son visage. Ce fut comme si elle avait ôté un masque, comme si un rêve s’était éteint, comme si le temps avait repris son court.

Elle s’allongea sur son lit et se mit à se caresser le ventre tendrement en sifflotant machinalement la petite comptine préférée de son enfance qui s’était installée dans son esprit. Elle finit par s’endormir, la main posée sur son utérus fleurissant.

Au milieu de la nuit elle entrouvrit un œil. Dans la pénombre opaque de sa chambre, il lui sembla entendre une voix. Il lui sembla entendre :

 

- « Je t'aime... »

 

Les jours suivants furent identiques, sa vie quotidienne restait la même et seule la nuit laissait sur son existence ce poids aussi nouveau que secret : elle allait être mère et ce comme par magie car ayant été élevée d'une manière purement laïque aucune allusion divine ne vint troubler ce jeune esprit.
Elle ne dit mot gardant cette crédulité naïve à l'écart de toute objectivité et taisant à sa famille ou à ses amis le résultat d'un test qu'elle avait acheté, elle n'avait jamais su pourquoi, dans un free-shop du centre ville.

 

Olty Beson sourit en voyant passer devant sa vitrine une jeune fille déhanchée avec un pétard déjà accueillant malgré son âge et un décolleté ouvert sur deux oeufs aux plats pourtant remuants.

 

_Encore une garcette de banlieue, soupira Martine en suivant le regard de son patron, elles viennent à la ville le mercredi après midi et pour quoi donc y faire, allez savoir ?
_Occupez vous des commandes, merci.

 

Chaque soir, quand une journée normale était épuisée avec son lot d'enfantillages, de sérieux ou d'étude, Aurélie posait les mains sur son ventre et d'un seul coup ne pensait plus comme si son esprit n'était que blanc, vierge de toutes impressions, elle était enceinte et elle ne savait pas pourquoi.

Murée dans son silence, dans une obstination qui n'avait rien de faux, Aurélie, malgré tout, voulait comprendre du haut de son inexpérience et elle retourna chez Olty, le mercredi suivant acheter un nouveau test de grossesse.


_Encore ?
_Oui.
_Pourquoi un nouveau test ?
_Sans doute pour confirmer le premier.
_Nos tests sont fiables ; vous êtes enceinte¨... Vous avez quel age ?
_Quinze ans et je ne veux pas mourir, pas déjà !
_Et que dit celui qui a fait ça ?
_Il n'y a personne ; je n'ai jamais couché avec un garçon !
_Le saint esprit n'est pas répétitif, vous mentez !


Aurélie se détourna, elle pleurait.


_Dites simplement que vous ne vous souvenez plus !
_Me souvenir de quoi ?

_Vos souvenirs sont les vôtres, pas les miens ; faites un effort de mémoire ! Vous sortiez, non ?
_Un peu, parfois. Mais, dites, on ne peut pas faire un enfant toute seule ?
_Non, votre maman ne vous a pas expliqué ?
_Ben, je ne crois pas ; on parle peu de "ça" à la maison.

 

La petite essuya ses larmes et reprit.


_Maman parle beaucoup mais surtout d'elle et Papa approuve ; moi, entre les deux, je me débrouille comme je peux, j'ai des amies.

_Je vois... Ecoutez, je connais un médecin aux urgences de l'hôpital, vous n'aurez qu'à dire que vous avez très mal au ventre, une douleur fulgurante et intense, le reste je m'en charge.
_Ben...
_Dites oui pour votre avenir, s'il vous plait.
_Ben oui... Mais, je vais dire quoi ?
_Rien.

Aurélie avorta ce jour là.

_Pourquoi avez vous fait tout ça, lui demanda t elle plus tard.
_Hum...J'avais quinze ans et lors d'une beuverie j'ai baisé une fille, ne me demandez pas pourquoi ; sans doute qu'elle avait votre âge. Voilà.

 

Dans ses nuits intimes son rêve continuait à la hanter, elle percevait encore les mots "je t'aime" mais entre les mots d'amours percutés aussi maintenant des flots de haine. Souvent, elle se réveillait geignante avec l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans le ventre, et c'est les mains crispées encore dans la douleur qu'elle se rappelait du timbre plein de chaleur qui lui avait susurré l'instant précédent à l'oreille des mots d'amour.

 

Dans son visage perlant de douleur ses yeux étincelaient. Elle sentait une présence a ses cotés mais n'osai tourner les yeux, par l'expérience elle savait déjà que son regard en se déplaçant refermé la porte entre elle et son amant. Elle savait qu'elle devait l'aimer les yeux fermés et l'esprit gardé vers l'ailleurs.
Un bruit derrière la porte de la chambre, la surprit, elle tourna la tète, le charme était rompu.


Cette nuit, elle savait, il ne reviendrait plus...

 

Et qu'il lui faudrait attendre la nuit suivante pour saisir du fond de son inconscient ses souvenirs inconnus. Sa mère frappa doucement et entra.


_Je peux ? Je sais, il est tard mais je n'arrive pas à dormir, je suis inquiète.
_Pourquoi Maman ?
_Je te trouve triste et pâle depuis quelques jours, tu as des soucis ?
_Tes amies sont passées après les cours, elles te cherchaient. Ou étais-tu ?
_En ville.
_Seule ?
_Oui. J'ai quinze ans, je ne suis plus une petite fille !


Elle ferma les yeux et ressentit le froid du spéculum sur ses cuisses et la morsure de la sonde ; une semaine déjà ; l'interne avait dit : " Voilà, c'est terminé. " L' infirmière avait été gentil, elle était resté près d'elle, serrant sa main dans la sienne puis lui avait donné quelques conseils. Elle, elle n'avait rien dit, ni un mot, ni un cri.

 

Aurélie se réveilla le lendemain de bonne heure et de bonne humeur. Comme si la nuit l'avait lavée de tous soucis, de tous maux et aussi de ses regrets. Elle ne ressentait plus rien de son opération de la semaine passée. Elle retrouva même l'appétit, ce qui fit plaisir à sa mère.

Elle retrouva le goût de l'école, le plaisir de plaisanter avec les copines et l'agilité du pouce qui permet d'envoyer plusieurs SMS à la minute. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et tout alla pour le mieux pendant un mois, un mois de paix et de bonheur, un mois de joies, faites d'innocences et d'insouciances. Un mois durant, c'est beaucoup et c'est peu à la fois.

Et si cela ne dura qu'un mois, c'est tout simplement parce que le mois suivant, Aurélie eu du retard. Au début elle ne s'en soucia pas trop pensant que c'était lié à l'opération. Mais après dix jours elle se résolu à acheter un nouveau test de grossesse pour se rassurer, pour être bien certaine.

-" Positif ? Ce n'est pas possible ! Ils l'ont enlevé ! Ce ne peut pas ! Pas positif ! Non !!!!"

Elle fondit en larmes. Olty l'avait reconnu lorsqu'elle avait acheté le nouveau test.


_Encore !?
_C'est pour une vérification...
_Et de quel genre ?
_Controle du taux d'hormones ; c'est une infirmière qui m'a conseillé de faire ça.
_Ah, si le corps médical s'en mêle... Et l'autre fois, ça c'est passé comment aux urgences ?
_Très bien ; c'était un oeuf clair. J'ai avorté de rien et pour rien.

Assise sur les wc, elle fondit en larmes, des larmes de haine autant que de désespoir. Son corps, chaque mois allait-il produire un ovule qui par une quelconque fantaisie allait se nidifier, simulant une grossesse qui ne serait que creuse ! Elle alla se coucher. Il lui fallu longtemps pour s’endormir mais au milieu de la nuit la fatigue fut la plus forte. Elle s’assoupit dix secondes, vingt peut-être, guère plus de trente.

 

« Je t'aime...... »

Réveillée en sursaut, Aurélie voulu savoir.


Elle se retourna vivement et se trouva devant un visage qu'elle ne connaissait pas et qui pourtant lui paraissait familier. Aucune peur ne vint troubler son esprit. Elle se redressa et fit face à....?...elle ne savait comment le qualifier: un enfant ou un homme?


Ils se regardèrent longuement. Une grande douceur envahie Aurélie. Un dialogue silencieux s'établit entre eux. Ils passèrent la nuit ainsi. Le regard de l'un plongé dans celui de l'autre communiquant sans qu'une seule fois le son de leurs voix ne se fissent entendre..........

 

Aurélie, après cette étrange nuit sans sommeil se leva, pourtant fraîche et dispose, après avoir considéré qu'aux premières lueurs de l'aube, l'apparition s'était volatilisée laissant dans son coeur et sur sa peau une merveilleuse douceur.


_Dis, maman, c'est quoi un ange ? Avait-elle demandé avant de partir au lycée.
_C'est certainement moi ! Avait répondu sa mère en lui tendant sa carte de bus qu'elle allait encore oublier.

 

Toute la journée, elle posa cette même interrogation à ses copains, au concierge, à deux ou trois pions et même à son prof de musique qu'elle jugeait assez spirituel.


Aucun ne pu répondre de manière explicite et c'est encore avec Béa, Stéph et Anais qu'elle en débattit le mieux, confrontée à ses trois amies qui lui assurèrent que les anges ne pouvaient absolument pas vivre ici. Elle n'avoua pas qu'elle avait passé la nuit avec une évanescence, préférant taire cet anachronisme et le seul qu'elle mit dans la confidence fut Olty qu'elle retourna voir après les cours.

 

_Alors ainsi vous avez vu un ange ?
_Oui. Enfin, je suppose... Il était assis sur mon lit et j'avais le sentiment qu'il me parlait, que nous nous comprenions ; aucun mot, aucun son mais je ressentais sa présence comme une évidence.
_Et il était comment cet ange ?
_Beau, jeune ; des cheveux bruns, de grands yeux émeraudes, des mains longues et fines...

Olty regarda les mains d'Aurélie, elles étaient blanches, longues et fines.

 

_Vous ne dites rien ; vous ne me croyez pas ?
_Je réfléchissais. Au fait, votre grossesse nerveuse ? Vous avez consulté ?
_Non ; je ne sais pas qui voir.
_Retournez voir Janett !
_Qui est Janett ?
_L'infirmière que vous avez déjà rencontrée ; j'ai son téléphone, elle pourra vous aider ; ce sera plus facile d'en parler avec une femme.
_Et l'ange, alors ?
_Justement, il faudra aussi lui raconter.

_Vous pensez qu'il y a un lien entre cette apparition et mon état ?
_Peut-être. Et de cet ange vous entendiez quoi ?
_Je t'aime ; simplement ça : je t'aime ; le reste je ne m'en souviens plus mais son image est bien là.
_Vous avez certainement rêvé et un rêve prégnant, c'est possible.
_Prégnant ?
_Oui, qui s'impose à l'esprit et aux sens.

_Un rêve, simplement qu'un rêve, mais..., je l'ai vu et bien vu.
_Je ne conteste pas cette vision, simplement elle ne fut que la votre, cet ange, comme vous dites, n'avait pas de matérialité, il est une vue de votre esprit, reste à savoir pourquoi.

 

En quittant Olty, Aurélie n'en savait pas plus mais elle avait la certitude que ce qui était en elle devait vivre......
Elle comptait sur l'infirmière pour l'aider, seule elle n'y arriverait pas.
Garder cet " enfant " lui semblait beaucoup plus simple que d'affronter le regard de ses parents lorsqu'ils découvriraient son étât. Mais elle n'avait plus le choix, du haut de ses quinze ans elle venait de prendre la décision la plus importante de sa vie.
Si elle était vraiment enceinte, elle garderait l'enfant ; l'enfant d'un ange n'était pas n'importe qui, elle n'aurait qu'à cacher cette grossesse le plus possible et tacher ses serviettes périodiques avec du ketchup, pensa t elle en regardant tour à tour son reflet dans la vitre du bus et le postit ou Olty avait griffonné le tel de Janett.

Enceinte, pas enceinte... Elle dormit mal.

La soirée avait été atroce ; sa mère l'avait bombardée de questions stupides et avait fait du saumon vapeur aux oignons, une horreur !
_Avec qui sors-tu ? Qu'est-ce que tu fabriques donc ? Ou étais tu encore ?
_En ville. Il n'y a plus de coca ?
_Terminé le coca ; tu en bois trop, c'est certainement ça qui te donne un comportement étrange.
_Je ne vois pas le rapport. Papa, dis quelque chose !
_Ta mère à raison, tu dois boire trop de coca, avait répondu Charles en tournant une page de son journal.
_C'est vrai Charles, dis quelques choses !
_C'est peut etre la cafeine...
_Mais non, à propos des retards de ta fille.
Charles avait alors replié son journal, ajusté ses lunettes, regardé d'abord sa femme puis sa fille et avait déclaré d'une voix neutre :
_Nous lui acheterons une montre.
Aurélie avait éclaté de rire la bouche pleine et avait constellée la table de miettes de saumon humides et parfumées.
_Va dans ta chambre ! avait hurlé Bredge et elle était sortie sans s'excuser.

Elle écrivit quelques poèmes.

-Je t'aime........

Aurélie avait attendu cet instant, fébrile, le coeur battant...Il était là, avec sa douceur et son regard profond, rassurant, l'enveloppant d'une infinie tendresse....


- Es-tu un ange?
- Oui je suis un ange.
- Pourquoi avoir semé en moi un petit d'ange??
- Parce que les anges se meurent, trop d'âmes ne veulent plus de nous, trop occupées à s'entretuer. Sans âmes sur qui veiller, nous commençons à disparaître.
- Pourquoi moi?
- Regardes ton reflet dans le miroir. Que vois tu?
- Je me vois moi?
- Et regardes moi!
- Je te vois toi, un ange....?
- Et ne nous ressemblons nous pas?
- Aurélie, regarda avec plus d'attention.......effectivement, ils se ressemblaient.....

-Aurélie?????
-Aurélie, tu vas être en retard!!!!!

Aurélie retourna machinalement la tête vers la porte de sa chambre. Cela ne dura que l'espace d'un instant mais quand elle fit le mouvement inverse l'ange avait disparu.
Avait-elle rêvé ? Devenait-elle folle ?
Elle était de plus en plus perdue.
Elle descendit prendre son petit déjeuner. Sa mère semblait s'être levée du bon pied, elle chantonnait son air préféré.

"Dis-moi maman, est-ce que tu crois que ça existe les anges ?"

Sa mère s'arrêta de chanter, parut visiblement troublée et lui répondit maladroitement en bégayant.

"Pou... pourquoi me demandes... demandes-tu ça ?"

Elle poursuivit.
_Un ange ? C'est une notion compliquée... On peut dire que ce n'est pas une non existence, mais quoi dire de plus...
_Je ne comprends pas, explique toi maman !

_Un ange se reve.
_Comment le sais-tu ?
_J'ai revé d'ange aussi lorsque j'avais ton age.
_Toi !?
_Oui. Aller, file, tu vas etre en retard !

Bredge regarda du pas de la porte partir sa fille ; elle s'assit sur le banc de pierre et sourit.
Bientot elle dormira d'un sommeil sans faille, pensa-t-elle et elle se souvint de ses reves de jeunesse, de cet ange qui venait s'asseoir au bord de son lit pour lui conter fleurettes ; longtemps elle l'avait imaginé, il avait été là, berçant ses nuits de douceur, d'absolu, de partage, d'idéaux et puis elle avait grandi et la vie s'était installée pleinement lui laissant un sommeil juste réparateur.

Où était-il maintenant ?
Ah, que de nuits passées avec Frodze... Elle l'avait baptisé comme on surnomme un ami ou un chiot, décrétant dans l'enthousiasme de sa jeunesse qu'il était unique et qu'il n'était qu'à elle ; elle lui écrivit.
Elle en avait remplies des pages et des pages sur et avec Frodze quand, la nuit venue, elle laissait la fenetre ouverte meme au coeur de l'hiver, espérant qu'il vienne à elle dans ce "froutoiement" d'ailes cotonneuses. Gracieux, il atterrissait finalement sur sa table, son lit ou restait assis sur l'appui de la croisée, repliant avec soin ses grandes ailes le long de son dos.
Il était là, "irisant" la nuit d'une lumière simplement bleutée

Qu'avait-elle fait de ces lettres ? Les avait-elle brulées comme ses lettres de fiançaille détruites le soir de son mariage puisque selon Charles ce passé n'était qu'à eux.
Elle réfléchit. Avait-elle parlé de Frodze à Charles, non, il lui sembla bien que non.

Fallait il qu'elle le fasse?
Depuis qu'Aurélie lui avait posé cette question sur les anges tant de choses lui revenaient.
Aurélie.....
Et si elle aussi avait rencontré un ange comme Frodze?
Bredge alla dans la chambre de sa fille et en poussant cette porte, elle eut l'étrange impression d'entrer dans son propre passé et eut un léger mouvement de recul. "Et si Frodze était là..." Elle ferma les yeux ; viendrait-il encore croiser les mots avec elle ?
Non. Personne, rien que le fouilli habituel d'Aurélie ; elle avança et sur la table de travail de sa fille au milieu des livres et des papiers, elle découvrit son journal.

Elle allait en tourner la première page quand elle vit les jumelles Krigestrof, Béatrix et Stéph, franchir le portillon du jardin.

Elle se détourna de la fenêtre mais l'espace d'une seconde elle cru voir entourant les épaules des deux jeunes filles des ailes vaporeuses d'une luminosité aveuglante......
Elle refixa son regard sur elles.
Non, elle était fatiguée, surement, avec Aurélie et ses souvenirs de Frodze. Elle reposa le journal à sa place et alla ouvrir la porte aux jumelles.

A suivre...