A plusieurs  : 

« Branle-bas de combat à Dominiac »

 (Lanédo, Regards, Nicky, et Evan)



  Alexandre avait passé les trente années de son existence dans le petit village de Dominiac. C’était un petit bourg situé au cœur du Morbihan et qui comptait à peine une centaine d’âmes.
Autant dire que tout le monde connaissait tout le monde et que le moindre pas ou le moindre mot avaient du mal à passer inaperçu.
Alexandre faisait partie des rares jeunes gens de son âge qui n’avaient pas eu à se poser la question du chômage. A la mort de son père, sept ans plus tôt, il avait repris l’unique bar-tabac-presse-alimentation que ce dernier avait hérité lui-même de son grand-père. Il était fils unique et sa mère était partie avec un client de passage le lendemain de ses quinze ans, sans jamais donner signe de vie depuis.
La vie était calme à Dominiac, rien ni personne ne semblait pouvoir perturber la quiétude de tous ses habitants vivants quelque peu en marge du reste du monde, rien, ni personne jusqu’à la présente nuit. Car cette nuit tous les habitants se retrouvèrent au milieu de la place en plein cœur de l’obscurité. Pensez-donc, la cloche de la vieille église venait de tinter les douze coups de minuit ce qu’elle n’avait encore jamais fait en plus de 400 ans de bons et loyaux services…

Le son grave et profond avait, au mi-temps de deux jours, résonné dans le coeur de chaque foyer, égrenant ses douzes notes pour réveiller les villageois.

Alex habitait si près de la vieille église que les cloches faisaient trembler les vitres.Il regarda sa montre, "il n'est qu'onze heures, j'ai encore le temps d'écrire..."
L'heure lui prouva le contraire, il était minuit !

Alex et le bedeau, seul occupant de la sacristie, furent les premiers dehors et..., ...et le vieux matou, profitant de l'occasion, sauta sur le bureau laissé vide par Alex, bousculant les papiers épars. Il s'installa, papattes en rond, sur une page qui commençait ainsi:
"Le mystérieux personnage est apparu encore... hier au soir, vers les minuits... il jouait à cache-cache avec la lune, mais je l'ai aperçu se faufiler furtivement, là-bas entre les grands arbres...
Que cherche-t-il, d'où vient-il,qui est-il, emmitouflé dans sa large cape noire?..."
Le chat posa son museau au milieu de la phrase et lècha l'encre mauve qui s'étala.
La chouette hulula dans le lointain.

Les cloches résonnaient encore lorsqu’ ils arrivèrent à la porte de l’église, les minutes froides s’égrenaient dans leurs cœurs en regardant la porte close. Aucun d’eux n’osaient prendre l’initiative, les regards inquiets qu’ils s’échangeaient, voulaient pousser l’autre à prendre une décision.
Le village était maintenant réveillé, ils entendaient déjà approcher la galopade de pas dans la ruelle. Alex ne voulant pas être pris pour un couard devant tant d’arrivants, regarda le front fier le bedeau et l’œil décidé appuya de tout son poids sur la clenche de la porte.
L’encadrement de bois racla les pavés crémeux et noircis de frottement en un grincement qui sembla figer les êtres et les choses dans l’instant. Dans l’air maintenant minéral de la porte entrouverte, une éclaboussure de brouillard glacé s’échappée…

L’air vibra a nouveau sous une nouvelle onde sonore, l’hypnotisant brouillard sembla alors être percuté et brisé par les sons puissants, et se dilua dans le courant d’air de la porte ouverte.
La lumière provenant de la ruelle paraissait lutter aprement pour pénétrer la nef, dans son tremblement elle semblait vouloir déborder le crépuscule en le feintant sur ces ailes. Mais le pilier d’obscurité tenait bon et il évoquait par son imperméabilité, un mur anachronique construit bien avant l’édifice et qui venait de réapparaître ce soir pour en boucher l’entrée.

Que pouvait-il bien y avoir derrière ce mur virtuel aux aspects fantomatiques ? Alex pris son courage à deux mains et traversa le fog dominiacien. Quelle ne fut pas sa surprise.
Là ! Plantée au milieu du coeur ! Juste devant l'autel vieux de plusieurs siècles, il y avait une statue de la vierge Marie qu'il n'avait jamais vu. Comment avait-elle bien pu arriver là ? Elle devait peser au moins deux ou trois cent kilos !
Il s'en approcha lentement ! Il ne croyait pas ses yeux ! Dans les bras de la vierge, il y a avit un enfant ! Un nouveau-né qui gesticulait calmement sans un cri, sans un pleur !
_Ma Doué... soupira Alexandre en frôlant le visage de l'enfant ; derrière lui, occultant à nouveau l'entrée de l'église, le brouillard comme une vague épaisse, roulait maintenant jusqu'aux pieds de la statue de pierre, laissant dans l'ignorance de cette découverte, le bedeau et la foule des villageois.

_Alors, l'Alex, tu vois quoi ? demanda la voix aigrelette du sacristain.
_Rien !

Le brouillard lui arrivait à la ceinture ; il regarda l'enfant...

L'enfant le regarda aussi ; le brouillard montait toujours et commença à lécher les pieds du nouveau-né ; Alex s'en saisi avec précaution et regagna en tatonnant l'entrée de l'église.

Le brouillard semblait plus consistant à mesure qu'il avançait.
Il avait maintenant l'impression dans sa difficulté, de traverser un champ de blé mouillé qui venait lui fouetté douloureusement les cuisses et les mollets, en meme temps qu'il venait lui entravait péniblement la marche.
Ses pas se faisaient lourd et de plus en plus pesant tandis que son regard était inextricablement attiré vers l'enfant qui le fixé de ses yeux de vieillard dans un visage de poupée.
Son pas se fatigué, se faisait trainant et son visage exprimai la souffrance de l'effort qu'il était entrain de consentir.
Il se surprenait également a frissonner en sueur dans le brouillard glacé. N'y tenant plus il s'arrêta, peut être lui restai t'il une solution? Faire demi tour? Reposer l'enfant?
Non! Se dit il, l'enfant restera avec moi!
Les yeux toujours fixés dans ceux de l'enfant il perçut une différence, l'enfant lui sourit et la gangue qui semblait le maintenir sur place se dilua dans le sourire de l'enfant.
Jamais cette église qu'il avait fréquenté quelques fois ne lui paru aussi grande, si longue à traverser.
Gêné par cette fièvre subite, par ce brouillard toujours plus épais, il ferma un instant les yeux, serra plus fort ses bras autour de l'enfant et s'arrêta.

Il frissonna, rouvrit les yeux ; il s'arrêtait maintenant à chaque pas malgré le sourire de l'enfant, malgré la lueur de ce regard rivé sur lui, qui, pensa-t-il soudainement, ne vieillirait jamais.

_Alexandre ! La voix du bedeau cisaillant le silence déchira ce brouillard qui à présent couvrait totalement le nouveau-né.
_Alex, Alex ! renchérirent les villageois.
Cette rumeur lui sembla très lointaine et Alexandre

las, il s'assit sur la première chaise tronquée qu'il cogna et serrant toujours plus fort contre lui le petit être, il lui parla et ce en aveugle dans cette opacité surnaturelle de l'air les enveloppant ; ils ne se voyaient plus et pourtant, Alex parlait à l'enfant.

_J'peux pas te laisser là, l'mioche, dans cette ouatine glacée, faut qu'on sorte. J'sais pas trop ce qui arrive ici mais si tu restes, tu vas t'chopper une belle crève surtout que t'es pas bien couvert. T'es sympa comme mioche, tu gueules pas trop ; tu vois, j'ai pas vraiment l'habitude des enfants... Bon, on va avancer ; j'ai l'idée d'aller sur le côté, on trouvera bien la porte en longeant un mur !

Saleté de brume, j'aurais dû écouter la météo plutôt que les cloches...
Un grand fracas interrompit son monologue, la statue de pierre s'écroula.

Une main l'agrippa, il sursauta.

Alex, tournant le visage essaya de détailler le personnage qui venait de le saisir, mais se brouillard omniprésent semblé le nimbé d'irréalité flou.
Il semblait grand et son corps était enveloppé dans une cape, de se visage penché aux fronts et aux yeux cachés sous le rebords d'un large chapeau, seul sa bouche semblait nette.
Elle était fine et refermée dans une moue qui ne laissait rien présager d'agréable aux mots qui devaient sans écouler.
L'enfant remua dans ses bras comme atteins de fébrilité, il se mit à pleurer et ce son stoppa l'interlude hypnotisant de la contemplation chez alex.
La bouche de l'homme s'ouvrit et sans que ses lèvres remues, sa parole s'élevât.
-Donner moi l'enfant, les enfants de la nuit doivent être élevés par leurs semblables.
En effet sa voix était aussi froide et crépusculaire que l'endroit et le moment ou elle s'élevait.
Bizarrement, Alex se sentait serein et même se dit que cet homme était la vivante représentation du personnage qu'il voulait utiliser dans son roman et, il se promit d'enregistrer tous les détails.
-Qui etes vous?

_Je suis Euthylien.
_Enchanté Euthylien, moi c'est Alexandre ; je suis de Dominiac, j'habite juste à côté ; quel temps, n'est-ce pas...
_Donnez-moi l'enfant !

Le nouveau-né avait cessé de crier mais gesticulait toujours au creux de son bras.

_Honoré ! Honoré ! appela Alexandre ; le bedeau ne répondit pas.
_Ne gueulez pas, c'est inutile ; il n'y a personne devant l'église. Nous sommes avant l'hier. Souvenez-vous, il n'y avait âme qui vive dans les rues de Dominiac, hier soir.
C'est ce soir que les cloches sonneront les douze coups de minuit.
_Désolé de vous contredire Euthylien, mais les douze coups viennent de sonner il y a quelques minutes ; c'est d'ailleurs pour cela que je suis ici. L'église de Dominiac n'a jamais sonné minuit, alors vous pensez bien que nous sommes tous venus !

_La place est vide.
_Je ne vous crois pas, nous étions tous là ou presque...
_Alors, suivez-moi ; vous verrez bien !

_Faites attention à l'enfant ! dit Euthylien en guidant Alex hors de l'église.
Le parvis était vide, la place déserte et sombre sous une lune fine.
_Vous voyez bien que nous sommes seuls.
L'homme rabattit son chapeau vers son visage et encore une fois demanda l'enfant.

_Il faut rendre ce bébé à sa mère, il a besoin de sa chaleur, de son lait. répondit Alexandre en regardant l'enfant.
Quelque chose brillait à son poignet, certainement une gourmette d'or.
_Il a un nom, ce bébé ! continua Alex
_Je sais, il s'appelle Euthylien. dit l'homme.

_Deux Euthylien dans une même nuit, c'est pas courant !
L'homme s'approcha et tendit la main, une main grande et large.
_L'enfant est à moi ; donnez-le !
_Non, il restera avec moi pour l'instant. Et d'un coup sec Alexandre fit voler le chapeau du personnage menaçant ; dans la nuit, la lueur des yeux de l'homme brillait du même éclat que ceux de l'enfant.
_Euthylien, c'est vous ! cria Alex.
Une chouette hulula, l'homme gémit et partit vers le petit bois.

_On ne recommence pas sa vie, jamais ! cria encore Alex.
_La preuve que si, dit l'homme en se retournant. Nous avons chacun vingt-quatre heures. Prenez soin de moi. A très bientôt et n'oubliez pas, nous sommes hier.

_Attendez Euthylien, ne partez pas ; on ne peux pas être hier... Qui êtes-vous ? Vous êtes son père ? Revenez ; nous parlerons calmement, on trouvera une solution ; Euthylien !
Seul un hoquet du petit répondit à son appel, l'homme avait disparu derrière les arbres. Alex s'assit sur les marches du parvis et songea un moment à l'étrangeté de la situation. Le village était endormi comme si rien ne s'était passé. Il était minuit treize.
Il rentra dans l'église et alluma quelques cierges, tout était normal, plus de brouillard, plus de statue ; devant l'autel il remarqua un tas de poussière et de cailloux. Il chercha une lettre, un couffin, quelque chose qui puisse attester de la présence de l'enfant dans ses bras. Rien, il ne trouva rien, referma la porte, traversa la place et rentra chez lui.

Il sortit un drap propre qu'il placa sur son gros oreiller de plumes au milieu du lit et délicatement, il posa le nouveau-né dessus.
_Je vais téléphoner à la police, on doit te chercher... Ah, voyons ce bracelet... Oui, tu es bien un petit Euthylien, l'homme avait raison.
Machinalement il regarda le radio-réveil qui clignotait dans la nuit, il était minuit vingt, il sourit mais joua avec quelques touches ; le jour s'afficha, il y regarda à deux fois, le dateur indiquait la veille.
_Pas de panique, ce n'est qu'une erreur !
Il alluma le téléviseur, à minuit trente il y aurait les infos de la nuit. Le bébé s'agita et pleura.
Confiant, il passa dans la boutique, y prit un tube de lait concentré, en déposa une noisette sur le pouce de l'enfant et lui fourra dans la bouche.
_Tout les bébés sucent leur pouce, pourquoi pas toi ! Le nouveau-né têta avec application.
Les informations défilèrent sur l'écran, les mêmes que la veille, celle du dimanche.

_Alors là, je ne frise pas l'absurde, j'ai vraiment les deux pieds dedans... Je suis dans la merde ! Nous sommes vingt-quatre heures plutôt ; des heures que j'ai déjà vécues... Que m'a dit l'homme... que nous avions chacun vingt-quatre heures, oui, c'est ce qu'il a dit. "Nous avions chacun" qui sont les éléments de ce "nous", lui et moi ; lui et l'enfant ; lui, l'enfant et moi ?
Que vais-je dire à la police ? Que j'ai trouvé un bébé dans une église ; quand l'ai-je trouvé ? Il y a moins d'une heure...
Une heure déjà ! J'ai vingt-quatre heures, vingt-trois bientôt, mais pour faire quoi ?

L'enfant s'agitait.
_Tu as faim, tiens et il lui remit une noisette de lait concentré sur le pouce ; je n'ai que ça, j'ai beau etre l'unique boutiquier du village, je n'ai rien pour les bébés ; tu comprends, il n'y a pas eu de naissance ici depuis, poufff, au moins cinq ans et je ne stock pas de l'invendable.
J'y connais rien aux bébés... Mais faut que tu sois changé... En plus un bébé du lendemain, c'est bien ma veine ! A qui puis-je raconter ça et pourtant tu es là... Te changer, avec quoi vais-je te changer ? J'ai rien ici, je pourrais peut-être te ramener dans l'église... Non ; te laisser à la porte d'une maternité ? Pourquoi pas ?

Monsieur Papatte En Rond, le chat pépère regardait du haut de l'armoir cette nouvelle chose qui avait investi son creux de lit préféré, juste au milieu ; il y avait eu des coussins, du fouilli, parfois des femmes mais jamais ça.

Non jamais cette chose braillarde et remuante.
L'odeur du lait l'attiré comme un aimant, sautant souplement de l'armoire, il atterri sur le lit qui s'incurvât de son poids.
Un peu hésitant il regarda d'un air méfiant l'enfant, les narines frissonnantes il s'avança lentement presque au ralenti.
Ne voyant rien venir il étira son museau vers la bouche du nouveau né.

Un choc sourd suivit du cri de douleurs de son chat fit sursauter Alexandre, l'esprit occupé tout a la recherche d'un lange pour le Bébé.
Il remonta quatre a quatre les escaliers se maudissant de ne pas avoir penser a faire la chasse au chat avant de quitter la chambre.
S'imaginant déjà que le chat a avait pu s'attaquer au bébé.
Arrivé en haut des marches, sur le pas de la porte son inquiétude fut dissipée, le bébé était là et remuant sur le grand lit.
Ne voulant plus subir de telle mésaventure, il rechercha le chat dans toute la chambre, allant même jusqu'a soulever le couvre lit et regarder au-dessus de l'armoire.
Mais pas de chat!

Alex remarqua sur la joue du petit une touffe de poils.
_Bordel de chat ; Mper ! Mper ! Tu vas venir, oui !
Monsieur Papatte en rond, surnomé pour plus de facilité "Mper" resta introuvable.

Soudain Alex endendit dans la nuit un sombre déchirement, un bruit lancinant, douloureux dans son crissement prolongé.
Mper, l'échine hérissée, les griffes plantées dans le tissu, glissait lourdement des doubles-rideaux en lacérant le madras indien.

_T'exagères, là... T'as vu le diable, ou quoi ?
Alex enferma le chat dans la cuisine et retourna s'occuper de l'enfant qui criait.
_T'es pas bien vieux, toi, dit-il en le déshabillant avec précaution. Le cordon ombilical juste cicatrisé attesta ses dires.
Il changea le bébé et le garnit d'une protection féminine, ce fut la seule chose correcte qu'il trouva.

Mper assit sur la table de la cuisine suivait avec attention les événements par la porte vitrée lorsqu'Alex entra.
_Tu ne bouges pas de là, toi, marmonna-t-il en faisant bouillir une petite cuillère à moka en argent qu'il récupéra avec une pince à cornichons ; ce bébé doit avoir soif, dit-il en ouvrant une bouteille d'eau de source. Attention à l'enfant a dit l'homme, il ne faudrait pas qu'il se déshydrate !
Mper miaula doucement.

Alexandre retourna vers l'enfant.
Oh, que ce fut périlleux de tenir le bébé au creux d'un bras tout en essayant de l'autre main de remplir une minuscule cuillère avant que de la glisser, pleine, dans la bouche du petit qui la tenait obstinément fermée.
_Fais un effort !
La cuillère tinta légérement entre les lèvres du bébé et Alex remarqua quatre petites perles.
_Je ne savais pas que les nouveaux-nés avaient des dents !
Mper lui, savait.

Quatre petites dents toutes délicates et fragiles de porcelaine.
Alex trouva aussi que l’enfant pesai plus lourds a son bras.
« Bon dieu j’ai l’impression qu’il a grossi depuis tout à l’heure, non je me fais une idée »
Les yeux de l’enfant se fermaient doucement, ils étaient lourds de sommeil et dans ce regard qui se voilait Alex ressentait également sa fatigue.
« Allez, nous allons nous reposer un peu, de toute façon a cette heure nous ne pourrons pas faire grand-chose »
Alex remonta dans sa chambre et s’allongea à coté de l’enfant presque endormi. Il s’amusa pendant quelques minutes à accrocher son doigt à sa menotte, jusqu’à ce que le sommeil l’emporte.
Alex se réveilla en sursaut, son regard accrocha immédiatement le radio réveil, il était quatre heures du matin.
Il retira la petite main qui lui emprisonné la sienne.
Une petite main ? Alex alluma la lumière et resta en arrêt devant le spectacle du lange déchiré accroché a une jambe du jeune enfant encore dormant.
Car c’était maintenant un jeune garçon de huit, neuf ans qui reposai sur le lit.
L’enfant se réveilla et le fixa de son regard toujours aussi hypnotisant.
« Je ne sais pas ce qui se passe, mais ce qui est sur c’est que cela sera plus facile de te nourrir ainsi »
A cette heure il pensai, qu’Erwan son ami boulanger devait être réveillé.
« Il aura bien quelque chose pour nous, tu veux un croissant ? »
L’enfant ne lui répondis pas mais laissa échapper un sourire ironique.
Alex se sentit décontenancé face à cette réaction, hésitant il ne savait comment interpréter se sourire fugitif.
« On va dire que cela veux dire oui »
Il s’habilla et noua l’enfant dans des vêtements trop grands, il s’apprêtai à le reprendre dans ses bras quand l’enfant glissa sur le sol et se mit à marcher.
« Pourquoi cela me semble étrange ? C’est tout a fait normal un enfant de cet age qui marche tout seul et qu’importe si il y a quatre heure il n’avait même pas un an »
Ils descendirent dans les rues désertes et silencieuses de la nuit.
Tout a fait normal a cette heure se dit-il, et s’avancèrent vers la boulangerie.
Là l’étrangeté commençait, pas de lumière filtrant sous la devanture ni de bruit s’échappant de la cave.
Alex regarda sa montre, il était 4h 45.Etant déjà lors de ses nuits festives venu chercher des croissants même plus tôt il savait que son ami devrait être réveiller.
Allons un réveil qui ne sonne pas cela peut arriver, connaissant la conscience professionnelle de son ami et le malaise qui l’habitera demain matin si le fournil n’a pas délivré sa ration de pain a l’heure, Alex n’hésita pas et secoua vivement la grille de la boutique.
« ERWAN ! ERWAN »
Mais au bout de quinze minutes de cette litanie rien ne s’était encore allumer dans la maison.
D’énervement il prit un caillou (souvent a la foire du village il gagnai au casse brique).
Je vais viser le volet sur le bord de la fenêtre, n’allons tout de même pas casser une vitre.
Le caillou parti en l’air, et était ce la lumière hésitante de la rue ou l’énervement que lui avait causé ses pérégrinations nocturnes. Mais le caillou alla directement percuter la fenêtre, et…..y rebondi pour retomber au sol, la vitre toujours intact.

« Pourquoi ?...Pourquoi ? »
Alex se trouvait devant une impossibilité, de perplexité il allât récupérer le caillou et le fit rouler dans ses doigts pendant qu’il s’asseyait sur la marche menant à la boulangerie.
Le regard fixe il regardait devant lui pendant que son esprit se creusait.
L’enfant le regardait à nouveau avec un petit sourire ironique, et puis il se souvient.
Hier qui est aujourd’hui quand je suis passé dans cette rue la fenêtre était intacte, donc je ne peux pas la casser !
Il se sentit démonter devant ce paradoxe du temps.

_Dis-moi jeune Euthylien, t'en pense quoi de tout ça ?
L'enfant écarta les mains devant lui comme s'il voulait décrire la fatalité mais ne répondit pas.

Alex tendit la main à l'enfant et ils allaient s'en retournant lorsque Erwan surgit dans le chemin pierreux qui montait jusque l'épicerie.

Il poussait une lourde brouette chargée de bois.
_Q'est-ce que tu fais Erwan ; je suis passé au four...
_Je n'ai plus d'électricité. Je vais réactiver le four à bois afin que les Dominaciens aient leur pain ; tu peux m'aider ? C'est qui ce petit, un cousinage à toi ?

_C'est Euthylien, et en accompagnant son ami, il lui raconta toute l'histoire.
_T'as pas un peu trop fait la fête hier, paraît qu'on dansait et qu'on buvait pas mal du côté des trois-routes.
_Je t'assure que j'étais dans l'église et que c'est là que j'ai trouvé Euthylien et je t'assure que nous y serons tous, ce soir.
_Tu es en train de me dire que tu t'es balladé dans le futur et que tu y as trouvé un nouveau-né qui en cinq heures est devenu un adolescent ! Qui te croira ?
Alexandre regarda l'enfant, il avait encore grandit ! Euthylien tendit alors une main vers Erwan comme pour lui montrer la fine gourmette d'or enroulée autour de son majeur et où son nom était gravé.
_Alors, tu me crois !
_Je ne sais pas mais tu es mon ami et il me faut bien t'aider !
Ils arrivèrent devant la grille du fournil.

Ils s'activèrent. La pâte déjà travaillée attendait en petits tas sur la grande table farinée. Bientôt le vieux four en fonte ronronna et rougeoya, crachottant parfois quelques étincelles.
_Eloigne-toi du feu Euthylien et Alex lui donna de la pâte, confectionne donc toi-même ce qu'il te plaira de déjeuner.

_Dis-moi l'Alex, tu l'as chopé où ce phrasé, tu causes plus comme d'habitude.
_Chut, regarde.
L'enfant avait encore changé ; un duvet ornait maintenant sa lèvre supérieure, ses épaules s'étaient étoffées. Avec application, il façonnait son déjeuné ; une boule qu'il voulait lisse et parfaitement ronde et qu'il posa avec précaution devant lui, il prit ensuite un autre tas de pâte et commença à le modeler.

- Mais que fait –il, Alex
-Comment veux tu que je le sache, cela ne fait que quelques heures que je le connais
L’adolescent semblait concentré dans un travail incompréhensible. Il modelait de longues cordes de pâtes qu’il refermait en faisant un nœud, une, deux, trois cordes.
Puis toujours d’une manière aussi incompréhensible, il disposa la boule au centre de la planche et la ceintura des trois cordes en trois anneaux oblongs dont les nœuds formaient chacun un sommet du triangle.
Il s’escrima ensuite pendant un long moment pour que l’intersection des cordes entre elles ne forment plus de surépaisseur et se relit à la boule au centre, puis l’air satisfait, il se tourna vers les deux hommes avec un air interrogatif.
-Ouais, c’est très joli mais un peu long a mettre en forme, ceci dis je vais essayer de le vendre et je l’appellerai Euthylien, ça aura peut être du succès.
Dis Erwan en croyant par là que l’enfant réclamait un compliment.
Mais l’adolescent éclata de rire.
-Et bien tu vois Alex, il est bien a l’image de la jeunesse d’aujourd’hui, aucun respect dit il d’un air renfrogné.
-j’crois qu’il veut nous faire comprendre quelque chose mais là j’vois pas.
-Regarde Erwan il n’arrête pas de fixer la pendule et la forme sur la table.
-Des cordes, des nœuds et la boule au milieu. La boule ça doit être la terre ?
Il guetta un assentiment de l’enfant qui hocha la tete.
-Les cordes et les nœuds, cela me rappel quelque chose…Je ne suis pas très féru en science, mais il me semble me rappeler d’une lecture dans un magazine. Une nouvelle théorie qui s’appellerait la loi des cordes et dont l’extrapolation mettait en évidence plusieurs temps distinct mais qui pouvaient avoir des interpénétrations.
Son œil noir se fixa sur l’enfant qui lui souri.
-Hé, dis donc le mome tu me prends pour un scientifique ? J’ne m’appelle pas Einstein, qu’est ce que tu attends de moi à la fin ? Pour la construction d’une machine à voyager dans le temps, j’ai bien vu des plans dans « Femme Actuelle », mais c’était plutôt des pulls remontants à mon arrière grand mère.

Les yeux d'Euthylien s'agrandirent et d'un seul coup il sépara la boule de pâte des cordes qu'il avait façonnées.
Le vieux four crachotait toujours, c'était l'heure d'enfourner le pain.

-J'suis pas trop à la bourre ; heureusement que je t'ai trouvé, tu m'as donné un bon coup de main ! Je vais faire du café, on aura bien le temps de le boire avant que le village déboule. Tu vois, Alex, j'ai comme l'impression qu'on devrait parler d'Euthylien aux autres.
_Pourquoi ?
_J'sais pas, on est en train de vivre un truc incroyable, le genre de truc qu'il ne faut pas garder pour soi. A plusieurs on est toujours plus fort.

Il était six heures vingt-huit.

La nuit s'éffritait doucement ; les bougies et le four teintaient encore de lueurs pâles et irréelles la longue table autour de laquelle les trois personnages s'apprêtaient à manger ;
le café passé mêlait son odeur à celle du pain chaud et des brioches. Erwan sortit de grands bols, une motte de beurre lisse dans son torchon mouillé et du sucre concassé.
_Tu vas voir, le jeune, s'il n'est pas bon le pain de Dominiac, dit-il en tirant une baguette d'une claie d'osier

_Qu'allons-nous faire ?
_Mange donc Alex, tu réfléchiras bien mieux !
Euthylien dévorait, trois fois il se leva pour se servir du pain chaud mais lorsqu'il voulut se saisir de la sphère qu'il avait lui-même modelé, Ewan le retint.

_Non, le jeune, ne mange pas de ce pain là, prends donc cette brioche.
_Pourquoi ?
_Tiens, tu parles maintenant! Ce pain si rond, j'ai envie de le garder ici ; tu veux de la confiture ? J'dois en avoir un pot par là.

_C'est vrai ça, pourquoi tu ne veux pas qu'il mange son pain ?
_J'sais pas, une intuition comme ça. Dis-moi, tu te souviens des paroles de l'homme ?
Alexandre n'eut pas le temps de répondre, la porte du fournil s'ouvrit.

C'était Honoré, le bedeau.

Comme chaque lundi matin, il demanda une miche pour la semaine.
_Alors Erwan, tu as embauché un commis ? et il salua le jeune homme.
_Pas vraiment, répondit le boulanger ; au faite, les cloches ont sonnées à minuit ?
_Et pourquoi auraient-elles sonnées ; tu sais bien qu'elles n'ont jamais marqué minuit !
_Assis-toi par là, Alex va te raconter l'affaire.
Et Alexandre raconta.

Il racontait encore losrque Jiana, l'institutrice, vint chercher sa baguette suivit du garde-champêtre. Ils s'assirent aussi et écoutèrent.

Lorsque son histoire fut finie, chacun des auditeurs se retourna vers Euthylien.
Leurs oeils le scrutèrent des pieds à la tete.
Le premier, le garde champêtre rompit le silence qui s'était installé.
- Il n’a pas l'air très différent des gamins de son age. T'es sur que tu as pas manger quelque chose de mauvais hier soir. J'connaissais un homme une fois il avait été cherché des champignons...
Erwan lui coupa la parole
-J'ai vu ce gamin grandir en quelques heures, et je n'ai pas mangé d'omelette aux champignons hier soir et vu l'heure ou j'm'léve, j'suis pas habitué a faire la fête la veille.
Jiana était institutrice, mais avait également une passion pour l'histoire et les légendes.
- Ton histoire me rappelle une vieille légende. Mais avant de vous la raconter, je vais aller chercher le livre ou elle est écrite.

Elle revint quelques minutes plus tard avec un vieux grimoire serré sous le bras.
Elle déposa le livre sur la table et l'ouvrit délicatement.
-J'adore l'odeur que dégage les vieilles pages lorsqu'on les tournes.
Elle feuilleta pendant quelques instants.
-Ah, voilà!
-Il est fait mention ici, d'une légende ayant pour attrait une porte dans le temps. L'histoire se déroulerai avant la chrétienté aux temps druidiques, elle aurait pour principal acteur un apprenti druide du nom d'Euthylein.
Ce jeune druide tomba amoureux d'une jeune femme promise à un guerrier du village.

-Cette jeune femme été aussi éprise de lui. Mais respectant l'un et l'autre la coutume, ils faisaient en sorte de s'éviter.
Mais, habitant dans le même village, ils n’arrêtaient pas de se croiser et donc de rouvrir la plaie de leur amour.
Le guerrier, voyant sa compagne languissante, et l’aimant au-dessus de tout, ne trouva qu’une solution.
Faire disparaître l’objet de cette douleur aux yeux de sa belle,il aurait donc tendu une embuscade à Euthylien dans une foret proche de Dominiac, et afin de ne pas être maudit dans le sang de l’assassina d’un druide, l'aurait enfermé vivant dans une caverne.
Il l'aurait ainsi nourri pendant des années, Euthylien acceptant son sort pour le bien de sa belle.
Ce régime de cloître le fit cependant dépérir et mourir de chagrin au bout de quelques années.
Sa bien aimée l’aurait suivit au même instant dans la tombe.
Le guerrier après la mort de sa belle confia sa traîtrise. Il raconta aussi que pendant toutes ces années d'enfermement Euthylien n'arrêtait pas de lui demander toujours la même chose.
Et pendant des années il ne lui avait pas répondu, jusqu'au jour de sa mort. Il lui demanda tous les jours pendant des années la permission d'aimer la jeune femme au cours d'une autre vie...

Les villageois comme d'ordinaire se succédaient au fournil et avant dix heures la moitié des Dominaciens connaissaient Euthylien et la légende de la grotte lorsque le maire, maître Lennker, notaire de son état entra.
_Alors Erwan, pas de tournée ce matin ! Chacun attend ton pain, ceux de La Source m'ont appelé ! Et vous Jiana, que faites-vous ici, les enfants attendent devant la classe !
_Diou, c'est vrai, la tournée ! Mais voyiez-vous monsieur le maire, ce jour n'est pas habituel et lui et les autres racontèrent l'affaire.
Maître Lennker demanda le silence, réfléchit
puis décida d'une réunion extraordinaire à la salle des fêtes, convoquant tous les villageois pour midi pile.
_En attendant que tous fassent leur ouvrage ; toi Alexandre, tu vas essayer d'écrire avec précision ta rencontre dans l'église.
Chacun s'en retourna.

Euthylien suivit Alex et comme l'avait demandé le maire, ce dernier décida d'écrire.
Mper,
Monsieur papattes en rond, fut libéré de cette humiliation de devoir rester dans la cuisine et, satisfait, regagna son creux de lit préféré, non sans considérer, perplexe, ce nouvel arrivant qui s'amusa bientôt à le gratouiller entre les oreilles.
Alexandre entreprit d'écrire.
Sur le bureau, les papiers qu'ils avait abandonné la veille, demeuraient ; et ô surprise, l'histoire à peine commencée s'étalait maintenant sur six pages.

Les événements des dix dernières heures y étaient relatés avec précision voire minutie comme si quelqu'un avait vécu cette histoire en même temps que lui. Qui ?
Qui, hormis Euthylien, avait toujours été à ses côtés ? Personne !
Il regarda le jeune vaquer dans son petit appartement et pensa à cet homme, cet autre Euthylien qui avait fui d'une bien étrange façon. Etait-il vraiment parti ou resta-t-il caché à l'orée des bois dominiaciens ?

_Tu sais lire, toi ? demanda-t-il au jeune en lui tendant les feuillets.
_Lire ? Je ne sais pas "lire" mais je sais déchiffrer. Et pourtant, il lut.
_C'est mon histoire ?
_Oui.
_Je ne me souviens pas avoir été dans une église.
_Alors, tu ne te souviens pas non plus comment tu y es arrivé...
_Non.

Alexandre rouvrit le grimoire confié par Jiana et à voix haute relut l'histoire.
_Qu'en penses-tu ?
Euthylien sourit mais ne répondit pas.

Il allait bientôt être midi. Alex et le jeune parlaient de choses et d'autres lorsque l'on frappa à la porte de la boutique au rez-de-chaussée.
Une longue femme vêtue de voiles blancs et de mousseline, attendait.
_Je viens chercher Euthylien, c'est mon fils.
L'église sonna.
_Attendez, ça ne va pas recommencer...
_Cette fée, c'est bien ma mère ! dit le jeune en s'avançant vers elle.
_Reste là !

_Non, je dois la suivre.
_Personne ne suivra personne ; ou plutôt si, nous avons rendez-vous à la salle des fêtes pour résoudre cette affaire et vous y viendrez aussi, madame ; je n'ai pas sauvé cet enfant pour qu'il parte avec n'importe qui. En voilà assez de ces éternelles recommencements !
Sous ses voilettes la femme sourit et ils partirent tous les trois.

Du bas de la rue, sur la façade de la salle l'on pouvait lire : bon anniversaire Alex.

Alexandre, trop occupé à surveiller le jeune et la femme, ne remarqua rien.
Tout le village était là ; le maire laissa parler la femme.
_Il y a trente ans, je mettais au monde un garçon. La vie a fait que j'ai dû partir.

Sa voix s'étrangla ; elle poursuivit :
_C'était il y a quinze ans. C'était un dimanche, il y avait le marché sur la place de l'église et devant l'unique boutique du village un tout jeune homme criait.

Ce matin là, le poing levé, il hurla vers sa mère :
_Tu pars ; ne reviens ici que morte, tu m'entends morte

tout le village était là me regardant partir accompagnée par les foudres d'un adolescent, tout le village ! Tout un village qui jamais ne m'abandonna et qui jamais abandonna mon premier enfant...

Alors, Alexandre comprit et prit dans la sienne la main d'Euthylien.

Si d'aventure un éventuel lecteur ne comprenait pas cette histoire, il lui faudrait contacter l'étude de Maître Lennker

Effectivement, ce fut lui qui organisa toute cette mise en scène ; pourquoi ? Devinez !

Maître Lennker, Maître Lennker Pensa Alex était le personnage le plus nébuleux de Dominiac.
Personne ne l’avait jamais vu.
Pourquoi cette mise en scène et que dois je comprendre se dit alex. Oui effectivement nous sommes bien le jour de mon anniversaire. Cette femme est bien ma mère celle qui m'a abandonnée il y a quinze ans.
S'adressant au maire
-Vous auriez donc tout organisée pour mon anniversaire et pour me réconcilier avec ma mère?
- oui enfin disons que nous avions organisés une fête pour ton anniversaire, comme chaque année. Mais se matin nous avons eu la bonne surprise de voir arriver ta mère qui nous contas l'histoire qu'elle avait mise en place pour te présenter ton frère sans que tu ne puisses le repousser.
Se retournant vers sa mère
-Alors si j'ai bien compris tu as abandonné mon frère dans l'église pour que je puisse rentrer en contact avec lui.
-Oui, je ne savais pas qu'elle aurais pu être ta réaction autrement, je n'ai pu imaginer que se subterfuge.
-D'accord mais comment as tu fait pour le faire grandir en une nuit? Et comment as tu fait pour le mettre ce soir dans l'église pour qu'il soit aujourd'hui avec moi?
Sa mère se mit à rire.
- Te rappel tu de ce que tu as mangé hier soir?
- Oui, je crois que j'ai ouvert une boite
-N'as tu pas trouvée qu'elle avait un drôle de goût!

-Peut être ?
-Mais que croyais tu donc ? Tu t’imagines bien que cela est impossible autrement !
Alex resta un moment songeur.
-Oui tu as raison, sacrée drogue que tu m’as fait ingérer là.
-Euthylien, tu viens avec moi il faut que tu ailles te changer pour la fête d’anniversaire de ton frère.
Euthylien prit la main de sa mère et ils s’ »éloignèrent tous les deux dans la rue principale du village.
Alex alla se mêler aux invités.
-Alex, Alex !
C’était Erwan qui revenait de la boulangerie
-Bon anniversaire mon vieux, avec tout cela j’avais presque oublié. Qu’elle histoire, c’est la première fois que je vois un enfant, qui prends deux a trois centimètres et qui a des poils au menton qui poussent en dix minutes.
Alex se retourna d’un seul bloc dans la direction qu’avait prise sa mère et se mit à courir.

Il courut, les yeux hagards ou presque, le regard glissant sur ses amis qui l'interpellaient au passage.
-BON ANNIVERSAIRE ALEX
Il courait sans les reconnaître, ne recherchant que les silhouettes de sa mère et d'euthylien.
Il courait ne regardant qu’à peine devant lui les yeux perdus dans les rues transversales.
-BON ANNIVERSAIRE ALEX
Le souffle qui brûlait de plus en plus et les poumons qui ne savaient plus que monter et descendre sans qu'il puisse en ralentir le mouvement.
-BON ANNIVERSAIRE ALEX
Il courait encore bien qu’il fut plus trébuchant qu'avançant, il courut presque jusqu'a s'en tenir aux murs.
Puis n'étant plus qu'une respiration qui se demandant si elle allait se reprendre il atteint la limite du village. Là n'y tenant plus il s'assit sur une borne se trouvant là, et la tête entre les mains attendit que son coeur se calme.
Il examina les possibilités qui s’offraient encore à lui.
Une seule lui vient, l'étude de maître Lennker.

Il décida de l’itinéraire pour rejoindre l’étude.
Il passerait par les petites ruelles. Préférant ne pas avoir à croiser d'autres villageois qui, vu dans l’état d’essoufflement où il se trouvait et sa figure cramoisie, lui poseraient inévitablement des questions.
Il pensait également, qu'il n'avait plus trop de temps à perdre, non plus trop, car chaque minute pouvait les éloigner et le laisser là seul, avec ses insolubles questions.
C'était surtout cela surtout qui l'animait, il aurait pu se faire une raison pour la disparition de sa mère (il y était déjà habitué), et pour celle d'Euthylien, car il était presque certain qu'il ne risquait rien, cet enfant grandissant.
Mais ne pas savoir, ne pas avoir su saisir cette part de mystère qui lui ferait toucher cette réalité qui souvent s’échappe.
Savoir, comprendre qu'il y a quelque chose d'autre que cette herbe qu'il foule et qui ne surprend plus depuis longtemps.
Autre chose que cette pierre qui résonne sous ses pas dans cette application routinière de la loi de la cause et de l’effet, ce principe qui a, il s'en aperçoit aujourd'hui régi toute sa vie.
Quand même les rencontres fortuites et qu’ils trouvaient auparavant merveilleuses, passent maintenant au second plan. De l’ennui qui se partage, se dit il, cause effet de deux personnes qui se cherchent.

Il arriva devant l'étude mais ne se faisait pas trop d'illusion sur le déroulement.
Il savait que les assistants devaient être a la fête et que jamais le notaire ne se déplaçait ni ne sortait de chez lui.
Il décida néanmoins de frapper a la porte.
Les sons sourds se répercutaient a l'intérieur, ils les entendaient résonnaient dans la salle d'attente.
Il appuya sur la clenche de la porte, fermée bien sur, son regard s'éleva vers l'étage, rien ne bougeait et les fenêtres étaient closes.
Le mur sur le coté de la maison ceinturait un jardin, il le savait y étant venu jouer étant enfant.
Il décida de l'escalader et retomba dans un jardin très fleuri, cela l'étonna un peu car il se rappelait surtout d'un espace en friche.
Il avança de quelques pas et fit le tour du coin de la maison afin de grimper les quelques marches du perron.
La porte fenêtre était entrouverte, elle s'ouvrait sur le bureau du notaire il le savait.
Il y avait un fauteuil qui tournait le dos à la fenêtre devant un grand bureau austère.
Mais ce qui fixa son regard fut ces longs cheveux bruns qui devaient s'écouler d'une chevelure légèrement inclinée, pour s'en venir couler sur l'accoudoir du fauteuil.

Il entra, c'était sa mère.
_Qu'est-ce que vous faites là, madame ?
_Je dois te parler ; je ne pouvais le faire devant les autres. Je savais que tu viendrais là...
_Comment le saviez-vous ?
_Une mère devine parfois les choses, surtout lorsqu'elles sont importantes. Tu veux savoir, n'est-ce pas, parce que tu as parfois l'impression de devenir fou devant ces choses qui t'échappent.
_C'est un peu vrai...
_J'ai eu quatre enfants après toi, le dernier à trois semaines.

_C'est celui que j'ai trouvé dans l'église.
_Oui ; il a des dents, quatre, il est né avec, cela arrive parfois ; quand à Mper, c'est moi qui l'ai fait grimper aux rideaux ! Quand je suis partie, j'ai gardé les clés de l'épicerie.
_Et pour les autres enfants, comment avez-vous fait ?
_Nous attendions que ta vigilence baisse.
_Qui "nous" ?
_Erwan savait ; tout le village savait.
_Je ne comprends pas pourquoi vous avez, ensemble, inventé ça ; vous auriez pu me contacter tout simplement, je pense que j'aurai compris votre désir de me revoir, malgré ce que j'ai pu dire quand vous êtes partie...
_C'est vrai que tout est faux, inventé, mis en scène avec la complicité du village mais il y a une chose de vraie, le livre, la légende de Dominiac et c'est ce que je voulais que tu comprennes en organisant cette mascarade. Les autres ne le savent pas.

Vous êtes compliquée, madame.
_Non, prudente. Etudie ce livre.
_Jiana va me le réclamer.
_Non, elle pense qu'il est faux, qu'il est une de mes inventions pour te reconquérir.

Elle continua.
_Au faite, il n'y avait rien dans la boite de conserve que tu as mangé. J'ai dit ça pour les autres. Ce n'est que la peur, que l'incompréhension qui te rendit tel que tu fus à courir comme ça et à penser que Lennker était un inconnu.

Alex regarda sa mère ; elle était encore belle ; il se souvint de ses bras nus levés devant la glace de la cuisine pour natter ses cheveux, le matin.
_Pourquoi êtes-vous partie ?
_C'est trop long et compliqué pour t'expliquer ça maintenant ; maitre Lennker connait mon histoire, c'est le seul ; il t'informera. Je ne suis pas revenue pour me confesser de quoi que ce soit mais simplement pour te donner ce livre ; il est important. Lis-le et garde-le ! Je dois partir...
_Pourquoi partir encore ?
_Je n'existe plus, Alexandre, je suis morte il y a trois semaines en mettant ton frère au monde ; personne ne sait, ici, que je n'existe plus...

_Vous existerez toujours, madame ; ne partez pas !
L'image de sa mère s'évapora.

_Alex, Alex !
De la rue Euthylien l'appelait. Il le rejoignit.
_Je te présente mes frères, Prytone, Solymus et le petit Ptolème.

Alex n'en croyait pas ses yeux, lui se croyant fils unique et célibataire, se voyait dans l'obligation dans le même instant d'endosser le rôle contradictoire de frère, et au vu de leur jeune age, de père de famille.
Ils le regardaient tous avec des yeux remplis d'appréhension et d'incertitude.
Il les regarda a tour de rôle jetant aux plus grands un regard décidé pour les rassurer et aux plus petit un regard attendri pour qu'ils se sentent plus en sécurité.
C'est vrai, qu'ils avaient bien un air de famille, toutes ses petites frimousses semblaient être le même visage d'un même être a plusieurs instants de sa vie.
Ils n'avaient donc pas eu grand mal à se substituer durant la matinée pour lui faire croire que s'était le même enfant qui grandissait.
Un sourire amusé grandis sur son visage.
-Alors les frangins, vous m'avez bien eu.
Et il partit dans un grand rire ou tous ses frères le rejoignirent dans l'instant.
-Les enfants, j'ai besoin de parler avec Euthylien un moment donc vous restez tous ici pour le moment.
Il prit Euthylien a part.
-Que savent ils exactement? Ils savent que notre mère est morte?
-Oui.Maman leurs a expliqués qu'elle ne serait plus avec nous comme avant, mais qu'elle serait toujours là même si on ne la voyait pas.

Alex resta songeur, une mère a peine retrouvée et déjà repartie et ce livre, et cette légende.
-Notre mère t'aurait elle parlée de ce livre et de la légende?
-Le livre elle le gardait toujours enfermé dans un meuble a clef, elle a jamais voulut que je le touche.
-Bon allons tous à la maison pour le moment, je vais relire l'histoire et comme ça vous pourrez manger un peu, j'imagine que vous avez faim.
Elevant la voix pour que les autres l'entende.
-Vous avez faim les frangins?
Encore un peu intimidé ils inclinèrent tous la tête d'assentiment.
Alex aurait préféré une réaction plus enthousiaste, mais ils les comprenaient.
Une mère disparue, un grand frère retrouvé mais qui restait tout de même pour eux un étranger.
-En route mauvaise troupe. Alors lequel d'entre vous a l'argent pour payer la bouffe?
Tous les gamins s'arrêtèrent d'un coup et le regardèrent interdis.
Devant leurs têtes, Alex reparti d'un grand éclat de rire.
-Mais non c'était pour rigoler, j'vous ferez crédit pour cette fois. Alors lequel d'entre vous à un travail pour me rembourser?
Là ce fut tous les enfants qui s'éclatèrent de rire.
Arrivés chez lui, il leurs prépara de quoi manger et s'absorba dans la lecture de l'histoire.
-Il doit y avoir un rapport avec l'église, pensât il tout haut.
-Bon les enfants, c'est pas le tout mais il faut aller faire un tour à cette fête d'anniversaire, tout le village nous y attend.

Mper juché sur le haut de l'armoire, les oreilles quelque peu en arrière, avait suivi le va et vient de cette meute envahissant les trois pièces où, d'ordinaire, il se prélassait en toute quiétude et ce fut avec satisfaction qu'il vit descendre en fil indienne Alexandre et ses frères par l'escalier en colimaçon.

Ce fut Euthylien qui vérrouilla la targette de la porte de l'épicerie.
_Tu as les clés d'ici ?
_Maman me les a données.
_Naturellement. Je ne pense pas qu'elle en ait vraiment besoin maintenant...
Les cloches de l'église sonnèrent ; il était quatorze heures et ils rejoignirent la salle des fêtes.
Le maire, maître Lennker l'apostropha.
_Alors, Alexandre, aurais-tu oublié ton anniversaire ! Désolé mais nous avons commencé sans toi ! Où donc étais-tu ?
_A la maison avec mes frères ! Où vouliez-vous que je sois !
Le notaire le considéra un instant, hocha la tête, fit trois pas.
_Me voilà avec un bien étrange hoir ; ta mère ne t'a rien dit ?
_Non.
_Penses-tu que vous puissiez vivre toi et tes frères dans ce trois pièces minuscule ! Ta mère t'a doté de la maison du Creux-chemin.
_Celle qui est fermée depuis des années ?
_Celle-là même.

_Penses-tu, continua Lennker, que tu puisses t'occuper d'un bébé ?
Ptolème, calé contre le bras d'Euthylien, émit un petit cri.
_Je ne me suis pas posé cette question.
_C'est madame Lakerdak qui s'occupera du petit et des enfants. Elle est d'accord.
_Je n'ai pas les moyens d'avoir une nourrice !
_Personne ne te parle de finance.

D'autorité, madame Lakerdak prit Ptolème des bras d'Euthylien en soupirant.
_Pauvre petiot, va... Ces enfants, monsieur le maire, ne peuvent pas s'installer à la maison du bout, elle n'a pas été ouverte depuis des années ; il serait bien que ce soir ils restent à l'épicerie, j'ai quelques lits de camp qui feront bien l'affaire ; quant à Ptolème, je le prends chez moi, ce bébé a plus besoin de soin que de fête !
_Soit ! dit Lennker en regardant madame Lakerdak s'éloigner, sacré caractère cette bonne femme ! Aller, amusez-vous, ce n'est pas tous les jours l'anniversaire d'Alexandre !

Ils s'amusèrent ; jeux, chants, danses.
Depuis plusieurs générations, l'on fêtait à Dominiac ceux qui étaient nés entre minuit et une heure du matin, c'était une tradition, l'on ne savait plus trop quand ni pourquoi elle avait commencé, comme beaucoup de traditions, mais les Dominaciens la respectaient.
Alex s'amusait, du moins il essayait ; il était soucieux, les heures passaient.

Les cloches de l'église tintèrent. Bientôt, elles sonnèrent par cinq fois, il était dix-sept heures.

Dix sept heures, le temps cours et Alex courait après lui.
La fête se calmait un peu Alex voyait les rires naître plus difficilement et mourir beaucoup plus rapidement.
Pris dans ses réflexions il était un peu plus détaché qu'habituellement et il voyait les regards gênés des gens qui ne savaient pas comment s'esquiver.
Enfin petit à petit la salle se vida, il ne resta plus dans un coin que le cercle des éternels fétards. Ce petit groupe qui s'assemble s'en savoir très bien si ils s'assemblent par ce qu'ils s'apprécient ou parc qu'ils aiment les bouteilles.
"Ils n'ont pas besoin de moi pour continuer"pensât il.
Il fit le tour de la salle pour dire au revoir à tout le monde.
-Messieurs dames, je vous prie de m'excuser mais j'va prendre congé de vous. Ma nuit a été assez mouvementée et il faut que je m'occupe de mes nouveaux frères

Alexandre était soucieux, le soir commençait à couvrir d'ombre les rues dominiaciennes et en les parcourant, il songea aux paroles de l'homme et à cette étrange journée qu'il vivait depuis.

Madame Lakerdak avait tenu parole, des lits de camps avait été disposés entre les quelques rayonnages de l'épicerie et le petit Ptolème, absent, devait être chez elle.
Les garçons étaient dans la cuisine et Mper, toujours contrarié, se tenait en haut de l'armoire.

Les garçons faisaient un tintamarre d'enfer dans la cuisine, des rires et des cris s'en échappait.
Alex décida de s'approcher en faisant le moins de bruit possible, il voulait pouvoir voler cet instant de bonheur, ce petit désordre né d'une famille nombreuse que lui n'avait pas connu.
Il pensa à sa mère et lui en voulut de lui avoir retiré la chance d'avoir été un grand frère plus tôt.
Il se mit dans un coin du chambranle, et regarda d'un oeil amusé la chamaillerie.

Madame Lakerdak avait bien fait les choses? Elle avait pensé a tout et avait même préparé le goûter des enfants sur la table.
Oui mais voilà, Alex était célibataire et sans enfants alors elle avait mis ce qu'elle avait trouvé.
Et voilà le motif de la dispute, deux gâteaux au chocolat pour trois enfants. Bien sur il y avait des tartines en nombre suffisantes de la confiture etc.
Oui mais deux gâteaux, ne jamais mettre trois enfants devant deux gâteaux. Voilà une leçon que je retiendrais ce dit alex.
Les deux plus grands s'arrachaient par alternance les gâteaux des mains tandis que le petit essayait de les attraper.
-Maman a dis que comme j'étais le plus grand c'est moi qui décidait.
Et voilà Euthylien qui essaye de prendre le dessus, mais c'était sans compter avec le plus petit
-Oui mais c'est moi le plus petit vous devez prendre soin de moi ...et puis maman a toujours dis que j'étais le plus beau.
Les deux grands restèrent scotchés à la dernière remarque.
Ce fut le rire d'Alex qui les décoinça.
-donnez moi les gâteaux on va les séparer en trois.

Pendant que les enfants baffraient, Alex décida qu'il allait d'abord aller visiter la maison que sa mère leurs avait laissée.
Restait le problème des enfants les prendre avec lui ou bien les laisser ici ou à madame Lakerdac?
Il ne pensait pas qu'il puisse y avoir de danger dans cette maison, pendant qu'il réfléchissait sa main triturait la clé que lui avait remise le notaire.
Sans qu'il ait à leur demander quoi que ce soit les enfants débarrassèrent la table de leur propre initiative se battant presque entre eux pour avoir quelque chose à emporter a l'évier.
Il regarda le petit tenir religieusement les petites cuillères qui lui avaient été échouées.
-Les enfants nous allons descendre à la maison que maman nous a laissée.
Ils repartirent donc dans le serpentement des ruelles vers le creux chemin. Ils entendaient encore quelques éclats de la fête qui semblait encore se poursuivre malgré le manque d'invités.
"Pas étonnant vue les énergumènes qui restaient à la fin"
La maison se situait un peu à l'écart du village, un petit bout de chemin à faire et il décida de prendre Solymus sur ses épaules.
Le petit garçon jouait avec les cheveux d'Alex tandis que les deux grands courraient devant en s'aventurant dans tous les petits sentes transversales, à la recherche d'un secret, d'un château oublié?
Alex se rappela qu'il faisait pareil à leurs ages.
La maison était en granit gris, les volets étaient bien fermés, le toit était légèrement voilé sous le poids de l'age, mais la couverture aux ardoises moussues était encore en bon état.
Alex avait eu peur de la trouver plus délabrée, il est vrai qu'il ne l'avait jamais vraiment regardée avant.

Le large portail de bois était entrebâillé.
_Attendez-moi là, les garçons, je vais juste jeter un coup d'oeil !
Alex fit le tour de la maison ; il allait rejoindre le perron lorsque, à l'une des fenêtres de l'étage de l'aile sud, il vit se pencher une silhouette au longs cheveux bouclés.

Saisi par cette soudaine apparition, il se cacha derrière une haie de fusains pour mieux la regarder.
C'était une toute jeune fille, presque une enfant qui, là, penchée contre la fine balustre, scrutait un ciel s'épaississant avec le soir.

Une brume automnale et légère montait du sol, Alexandre frissonna.
_La légende de Dominiac !
Il grimaça en sentant quelque chose lui lacérer la cuisse.

_Qu'est-ce que tu as vu encore !
C'était Mper accroché à ses basques qui n'en finissait plus de miauler ; effectivement Monsieur papattes en ronds, intrigué par cette meute rugissante, avait suivi son maître.
Une ombre se glissa entre deux fusains, sa mère.
_Je ne peux t'apparaître pour t'aider que lorsque tu entres dans la vérité.
_Quelle vérité ?
_Celle de la légende de Dominiac.

_Une légende n'est pas une vérité, madame !
_Va savoir, mon fils, va savoir...
_Que dois-je faire ?
_Ce que tu penseras bien, dit l'ombre en s'évaporant.
_Attendez, facile à dire ; faut-il comprendre qu'Euthylien ne doive pas rencontrer cette jeune personne ou qu'au contraire, il faille qu'ils se retrouvent comme l'exprime le livre... revenez madame !
Mper, à ses pieds, mordillait tranquillement une brindille avec son flegme ordinaire signe que l'esprit s'était vraiment envolé.

Il serait prétentieux de penser que les chats du Morbihan aient un don particulier pour flairer les fantômes mais peut-être était-ce la proximité, voire l'étendue, de la forêt de Brocéliande qui donnait aux félidés bretons cette particularité.

Alexandre ne s'attarda pas dans le jardin et décida de retourner à l'épicerie avec ses frères. Ce serait seul et plus tard qu'il y reviendrait.

La nuit était tombée depuis longtemps, les enfants étaient couchés.
Euthylien tendit une oreille et ne perçut plus un bruit. Assis devant la table de la cuisine il sentit M'per venir se frotter à sa jambe.
-oui je sais M'per, je sais, que je vais devoir y aller.
Il étendit son bras, laissant pendant quelques instants sa main se perdre dans la toison douce de M'per.
Son regard se porta sur le bas de la porte, il vit alors naître sur le sol glacé, les taches précurseur de l'encre brune, débordement de l'obscurité sans lune.
Il ressentait en lui une sourde appréhension liée a une chaleur inaccoutumée, son cœur battait plus vite en repensant a ce doux visage dépassant de la fenêtre.
Mon dieu qu’elle était belle et mon dieu qu’il était si, si…lui.
Il se secoua de se visage, mais sans vouloir vraiment l’effacer.
Des mots naissaient sur sa bouche, des phrases qu’il aimerait dire mais dont il ne connaissait pas encore le goût.
D’un geste brusque il se levât, faisant par la même occasion miauler M’per de déception.
D’un pas décidé il se dirigeât vers la porte et l’ouvrit presque violemment, voulant par là même briser l’image de se rêve qui lui alourdissait le visage et le cœur.
« Tu t’es vu » se dit il en laissant échapper un rire qui se voulait ironique, mais qui n’était en vérité qu’un râle atténué de sa propre douleur.

La nuit était opaque, il lui faudrait une torche afin d’éclairer son chemin.
Il fit le trajet comme étranger a lui-même, s’étonnant déjà de se retrouver face a la veille maison.
« Que faire, frapper ? Entrer comme si il n’y avait personne en faisant semblant d’être étonné par la présence de cette jeune femme ? »
Il détailla ce qu’il put encore de la façade de la maison dans l’obscurité.
Espérant, ne sachant quoi, quelque chose qui décidât a sa place. Mais, aucun signe apparu, il y avait bien un peu de lumière filtrant du volet du rez de chaussée, cette lumière qui l’attiré comme le phare sur la mer déchaînée.
Déchaîné, c’était son cœur en ce moment, il n’arrêtai pas de percuter bruyamment, il lui semblait entendre dans ses battements les claques des vagues d’océan.
Il s’avançât jusqu’au perron, restant immobile a quelques centimètres de la porte essayant de discerner des bruits provenant de l’intérieure.
Mais rien bien sur, rien que ce malaise le sien.
Il frappa à la porte, un bruit provenant de l’intérieur lui indiqua qu’on l’avait entendu.
La porte s’ouvrit lentement, doucement.

Tout ce passa si lentement, ce visage, ces yeux, ce sourire naissant, ce regard, ce regard…
Une boule dans la gorge, l’impression d’être a nouveau adolescent avec cette honte que porte se filet de voix qui mue.
Elle ne dit pas un mot se contentant de lui sourire.
« Ne te fais pas d’idée elle sourit certainement a tous le monde ainsi »
-Bonjour, je m’appel Euthylien et cette maison est le legs de ma mère, pourriez vous me dire qui vous êtes ?
Elle semblait le détailler également, ne disant rien.
Il se sentait mal à l’aise sous son regard, il se sentait tellement imparfait face a de si profonds yeux noirs.
-Entrez, Euthylien, nous avons tellement de chose à nous dire.
Euthylien la suivit ne pouvant s’empêcher de contempler cette démarche légère. Puis il détourna les yeux, il se sentait brûlé, les rétines douloureuses et le visage cramoisi, il se consumait et se sentait devenir nain charbonneux face à cette étoile étincelante.
Ne pas la regarder en face, comme un soleil qui brûle les yeux.
Il avait envie de s’enfuir.
Qui était il ?
Le son de sa voix faisait sur lui l’effet d’une drogue.
Il savait lorsqu’il l’aurait trop écouté, ressentir la terrible sensation du manque.
Mais comment lui dire, comment lui dire, qu’il voulait échanger son sang contre le sien, comment lui dire qu’il voudrait se transfuser à la délicate veine qui bat sur son cou ?

Le couloir était peu éclairé, il vit cependant accroché sur les murs ici et là quelques tableaux, au paysage que la pénombre rendait floues.
Il avait l’impression de n’être entourés que de grisaille et de paysage d’eaux fortes, une ambiance qui mettait encore plus en évidence, la fracture lumineuse ouverte dans le mur.
Et c’est suivant cette féerie nimbée de lumière, en suivant la silhouette imposante de grâce de ce dos fragile caressé par le délicat balancement des deux voiles que formaient ses cheveux sur les cotés de sa tête qui se rejoignaient dans le bas de son dos comme deux ailes au repos, qu’euthylien déboucha dans la pièce.
Il pénétra dans un intérieur chaud aux couleurs douces et chaudes, le ton prédominant était d’un jaune légèrement camphré.
Voilà donc l’antre d’un monstre de douceur, le nid d’un ange.
Il se sentit encore plus gauche mais fit un effort sur lui pour qu’elle ne puisse pas deviner qu’il se faisait l’effet intimement d’être un furoncle sur une peau de soie, salissant bien avant que d’éclater, rien que par sa présence la pureté du derme virginale.
-Asseyez vous Euthylien, je vous écoutes posez les questions qui vous taraudent, je répondrai a toutes vos demandes.
Il s’assit sur le bord d’un divan, la jeune femme s’asseyant à son tour et lui faisant face.
« J’aurais du m’attendre avant de m’assoire qu’elle se soit installée, n’importe quoi, enfin faut pas que j’en fasse trop non plus, sinon elle va me prendre pour le premier dragueur venu »
Les mots étaient là et se bousculaient en rangs serrés à la sortie de son cœur, mais il parla avec sa raison.
Essayant de prendre une contenance qui siérai avec la situation actuelle, il se forçat a avoir un regard plus dur qu’il n’aurait voulut et son ton était presque cassant, agressif.
-Qui êtes vous ?
Elle le regarda légèrement surprise par le ton employé, puis le sourire remonta aux coins de ses lèvres.

« Même ça elle l’a devinée »
-Je m’appelle Enora. Mon histoire va vous semblez assez étrange j’imagine, mais je n’en sais pas plus.
Je me suis réveillée il y a quelque jours dans une foret proche d’ici, ne m’en demandez pas le nom je ne sais pas.
Je ne rappelai de rien, et n’ayant aucune idée de ce a quoi j’aurais pu me rappeler, j’ai acceptée comme une vérité le discours que m’a tenue une femme qui se trouvait prés de moi.
Elle a pris soin de moi, m’a recueillie et m’a installée ici. Ainsi c’est même elle qui m’a dis mon prénom, un prénom qui a d’ailleurs éveillé en moi la certitude que c’était bien le mien.
Elle m’a dis de rester ici, que bientôt quelqu’un viendrai, un homme qui se nommerai Euthylien et que lui détenait toutes les explications.
-Hé bien je ne déteins rien du tout et je n’y comprends rien. Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas d’où vous venez, je ne sais rien, rien et de moins en moins depuis vingt quatre heures.
Elle le regardait avec de grands yeux tranquilles, un élan de son cœur voulut le pousser à la prendre dans ses bras. Il voulait la serrer à s’en faire mal de retenu, dans la violence de vouloir la protéger en la mettant à l’intérieur de lui-même, tout en sachant que c’était inutile, et qu’il ne risquait que de lui faire mal.
Ils étaient comme deux orphelins qui se cherchent, l’un de mère l’autre de mémoire mais tous les deux aussi perdus et en manque de repère.
Elle dut percevoir cette fêlure de tendresse dans son regard, car son sourire s’agrandit encore tandis que ses yeux se mettaient à scintiller.
-Pourriez vous me détailler cette femme qui vous a recueillie s’il vous plait.
Le portrait qu’elle en traça ressemblai bien comme il s’y attendait a celui de sa mère.

Alexandre, perdu dans ses pensées, écrivait dans le cerne pâle laissé par une lampe de cuivre.
Du clocher de l'église onze coups avaient fait vibrer les vitres et
il n'avait pas perçu le grincement caractéristique de la porte de l'épicerie qui s'ouvrait sur Euthylien.

Lui aussi décida de sortir et de retourner à la maison du Creux-chemin. Qui était la toute jeune fille penchée à cette fenêtre ?
Il descendit avec précaution le vieil escalier en colimaçon ; devina derrière les ombres des présentoirs les trois garçons qu'il pensa endormis et sortit doucement.

Le village à cette heure tardive était désert, l'on entendait que l'aboiement lointain d'un chien, parfois, ou le hululement d'un oiseau de nuit. Alex pressa
son pas. Une brume insidieuse et mouillée montait de la chaussée ; il frissonna.

Rendu enfin sur le perron de la maison du bout, il perçut avant d'y entrer quelques éclats de voix.

Il était déjà vingt-trois heures onze, la vingt-quatrième heure était bien entamée.
Qui parlait ? Alex reconnut la voix d'Euthylien mais ce timbre clair l'accompagnant était-il celui de Roane, la jeune personne de la légende ? Et à qui appartenait cette autre voix si grave et profonde ?
Que dois-je faire ? pensa-t-il, faut-il que le temps inlassablement se répète ?

Ce fut M'per qui, d'une patte, poussa la porte entrouverte.
_T'es encore là, toi !
Le chat entra et Alexandre le suivit.

Ils parcoururent un long et sombre couloir au fond duquel des lumières vacillantes semblaient indiquer qu'une pièce était éclairée de quelques candélabres.
Les éclats de voix s'amplifièrent, un ton se voulait menaçant et avant d'apercevoir âme qui vive, Alexandre comprit que l'homme qui parlait ainsi était celui qu'il avait croisé quelques heures auparavant.

Alexandre se cacha dans une encoignure et regarda dans la pièce ; l'homme au chapeau tenait fermement Euthylien par le bras et proférait des menaces.
_Enora est à moi, personne n'échappe à son destin ! Ta mère le savait bien ! La légende de Dominiac est en marche ! Quand minuit aura sonné Enora redeviendra Roane et je posséderai en la possédant la puissance druidique...
_Il est cinglé celui-là ! Alexandre bondit, saisit un cierge et enflamma le manteau de l'homme. Sauvez-vous les enfants, sauvez-vous ! Allez à l'église, vite !

Les deux jeunes gens s'enfuirent. A mi-chemin Enora se retourna.
_La maison va brûler, Euthylien, elle va brûler !
_Alexandre, Alexandre !! Viens...
Ils coururent chez Erwan.

Haletants, ils secouèrent avec force la grille du fournil.
_Au feu, Erwan, au feu !!
_Qu'est-ce qui se passe, le jeune ?
_Alexandre est en danger dans la maison du Creux-chemin ; il y a le feu !
_Ma Doué ! Va à l'église, monte au clocher et sonne à la volée !
Il était onze heures trente-huit quand tous
les habitants de Dominiac se retrouvèrent devant l'église.

Tous sauf Maître Lennker, le maire du village.

Dans la maison du bout, les deux hommes avaient roulé à terre ; Alex mu par une violence soudaine dont il ne se pensait pas capable avait plaqué l'étranger au sol, éteignant par ce fait l'embrasement de la mante.

Jamais vous ne pourrez me vaincre ! Ses yeux s'allumèrent et Alex resta figé par l'intensité de ce regard et soudain il comprit...

_Vous !
_Qu'est-ce que tu croyais... Rien n'arrête la puissance druidique !
_Vous êtes malade ! et Alex le maintint plaqué au sol encore plus fermement.

Dans l'instant, ce fut un véritable branle-bas de combat à Dominiac ; une moitié des habitants partirent à la maison du Creux-chemin, tandis que les autres se rendirent dans l'église sur les ordres d'Erwan ;
les deux jeunes gens, Euthylien et Enora étaient devant l'autel après avoir sonné le rappel des foules comme au temps sombre quelque demi-siècle plus tôt.

_Faisons pacte d'amitié, maintenant et à jamais, Enora ; après, ce sera trop tard.

_pourquoi?
_parce que.

Le tocsin tombait de ses sonorités sales comme un tas de gravats désaccordés des murs fissurés, le fracas de la cloche se faisait si présent que les parois de nef semblaient eux même être percuté directement par la cloche, qui faisait a chacun de ses impacts sauter des éclats sonores ébréchés sifflant dans tous les coins jusqu’à en venir saigner comme des rasoirs les pavillons auditeurs.
La froideur du lieu en était décuplée par ces sonorités de glas, Erwan et les autres participants se courbèrent, les mains sur les oreilles tandis que leurs haleines laissaient s’échapper un voile opaque de buée gris et glacé.
Devant l’autel, Enora et Euthylien eux n’avaient pas bougés, se tenant toujours par les mains et semblant totalement séparés du climat d’angoisse ambiant.
Euthylien se voyait dans les yeux d’Enora, une Enora qui lui souriait, mais ne lui avait toujours pas répondue.
Dans la maison du creux chemin, Alex sentait mollir son adversaire sous lui, son regard se voilait de plus en plus de panique, tandis que n’essayant plus de le combattre il semblait vouloir échapper a à l’étreinte d’Alex.
Alex était décontenancé face a sa fébrilité, l’homme se mit tout a coup à hurler de douleur et a se tortiller de tous les cotés, puis d’une traction se sorti de sous un Alex éberlué, qui regarda d’un air interdit l’homme courir vers la porte, son long manteau rougissant encore de ce feu ou il avait été trainé.
La porte d’entrée battit contre le mur, lorsque Alex reprenant, ses esprits se lança à sa poursuite.

Le froid le saisi dans sa lumière lugubre, il n’avait jamais vu un paysage sous un ciel si moribond, plus loin s’étendait la route comme un fleuve de profondeur glacé.
Debout dans l’entrebâillement de la porte il hésita un moment, puis se jeta en prenant une grande respiration, la bouche pincé et l’œil dans la volonté têtu.
Il entendait au loin les pas de l’homme qui se dirigeait vers le village, puis des éclats de voix furieux de personnes qu’on bousculait.

Dans l’église Enora porta la main au front de l’enfant et lui caressa les cheveux.
-Faisons la paix Euthylien, ne soit pas triste, je sais que depuis le début tu croyais être la réincarnation de cet Euthylien, de mon soupirant du temps.
-Enora ??
Le regard empli de douceur et de compassion, Enora l’attira contre elle.
-Je retrouve peu à peu la mémoire Euthylien, dans ce lieu qui fut de tout temps le mien.
Cet homme que j’ai toujours aimé, et qui m’a aimé jusqu’à me poursuivre a travers le temps… c’est ton frère Alexandre.
Ta mère a commis une erreur a sa naissance, dans le nemeton ou elle était venue demander conseil son oreille n’a pas su distinguer, du souffle de la terre à la lumière du ciel qui disait la vérité.
Elle s’est laissée envoutée par une exhalaison fétide crevant le sol, et déboussolée, fragilisée par son corps portant la vie, a cru entendre que son deuxième fils devait s’appeler Euthylien.
Plusieurs années plus tard, alors qu’elle communiait a nouveau dans l’enceinte lumineuse de cette église sans dalle et sans plafond, elle a compris son erreur.
Et elle a du se séparer d’Alexandre…..
-Pourquoi Enora ???
_Parce qu'elle voulut suivre son destin. Quand elle partit, tu étais déjà conçu ; elle pensait que ton père était ce destin...
_Je n'ai jamais connu mon père !
_C'est maître Lenker._Lui ?
_Oui et maintenant, il me veut !
_Pourquoi ?
_La légende de Dominiac, c'est moi qui l'ai écrite il y a longtemps... Je suis Roane ! J'ai traversé le temps comme on remonte une rivière._Et tu as trouvé la source de la légende ? Et tu as bu, de tes mains nues, l'eau tiède qui perlaient entre les roches...
_Oui, pour retrouver Alexandre !

Vers le parvis de la vieille église, deux hommes se poursuivaient.
_Laissez-le, laissez-le passer ! criait Alexandre aux villageois hostiles qui d'un seul geste auraient pu l'arrêter.
Lorsque les deux hommes entrèrent dans la nef, le brouillard d'un seul coup se dissipa et la lune, pleine, baigna le lieu d'une étrange pâleur ; il allait bientôt être minuit...L’homme s’arrêta sur le seuil et regarda d’un air halluciné la nef, marquant une pause avant que d’y pénétrer d’une démarche mécanique.
Il marmonnait entre ses lèvres à peines disjointes des phrases qui semblaient sans suite.
-Non, non je n’y serai pas arrivé… toujours.
Enora se mit à pleurer, l’homme s’approcha encore et s’adressa directement à Enora ses yeux semblaient larmoyants
-Enora, Enora je t’en supplie, tu sais ce qui va se passer, aide moi, pas encore…
Enora ne lui répondit pas ses lèvres frémissantes semblaient prêtes à crier.

Alexandre a ce moment, pénétra dans l’église et voulut agripper l’homme, mais celui-ci comme dans un geste fou saisi une chaise et lui abattit sur le crane.
Alexandre s’abattit alors au sol semblant sans connaissance, Euthylien alors courus et saisissant un lourd crucifix frappa l’homme qui n’esquissa pas le moindre geste de défense, le regardant simplement avec un regard remplis de tristesse et de fatalité.
Dans sa peur Euthylien lui donna un deuxième coup sans entendre le cri déchirant l’église, un cri du fond du ventre d’Enora.

-NON !!!

Euthylien, lâcha le crucifix et alla se poser son oreille sur la poitrine d’Alexandre, rassuré du visage qui commençait à rosir et de la bouche qui grimaçait il se releva, pour apercevoir Enora penchée pleurante sur l’homme.
-Enora laisse le, il ne mérite aucune pitié, ni aucune aide, après ce qu’il voulait te faire subir, laisse le il peut être encore dangereux.
Il s’approcha de l’homme, Enora voulut le repousser, mais elle n’y parvint pas.
-Non laisse le lui dit elle, il est mort.

- Comment le sais-tu ? Tu ne l’a pas examiner, je vais le faire.

Se penchant sur l’homme il releva la manche de son blouson pour lui prendre le pouls. Non, elle avait raison il était mort, en repoussant son bras une gourmette brillât a la lumière des cierges.
Un prénom, uniquement un prénom brillait Euthylien
M'per s'approcha d'Alexandre et lui lêcha tranquillement la joue jusqu'à ce que le jeune homme reprenne conscience.
Non loin gisait le corps de l'inconnu de minuit que Maître Lenker qui venait d'entrer recouvrit d'un dais de velours arraché au confessionnal.
_Vous ! cria Enora, mais lui, qui est-ce alors ?
_C'est mon père... soupira Alexandre.
_Ton père est mort il y a longtemps, Alexandre, tu dérailles ! répondit Erwan en le secouant, allons, voyons !_Il a raison, continua Maître Lenker, c'était bien son père !
_Pourquoi "c'était" ?
Le notaire souleva le dais et seul un petit tas de cendre attestait qu'un corps avait été là.
_Il a enfin rejoint le royaume des anges ! La légende de Dominiac est terminée... Ah, mes enfants !
_Mais... émit Alexandre.
_Oui, je suis leur père mais pas le tiens !Et moi ? demanda Enora.
_Toi, tu es aussi ma fille mais tu n'es pas la soeur d'Alexandre !

M'per,les papattes en rond sur un prie-dieu, se lissait les moustaches en se demandant si sa filiation était aussi compliquée que celle là... Il était minuit bien passé et les cloches de Dominiac, comme d'ordinaire, ne tintèrent pas.
Le lendemain fut une journée habituelle et l'on put voir derrière l'église, vers midi, Alexandre et Enora ; certainement qu'ils s'embrassaient !

Fin